Beaucoup d’entreprises n’ont consommé qu’une partie des liquidités empruntées. Elles pourront décider de ne pas les rembourser, dans la perspective de financer les investissements nécessaires à leur développement. En parallèle, elles devront s’interroger sur l’horizon de placement de cette trésorerie.

Rembourser, épargner ou investir ? L’heure des choix concernant le PGE (prêt garanti par l’Etat) est arrivée pour beaucoup d’entreprises bénéficiaires. L’échéance de la première année approchant, leurs banques les enjoignent de leur indiquer si elles comptent commencer à le rembourser, alors qu’il leur est désormais possible de décaler d’une année supplémentaire les premiers remboursements. Or, beaucoup d’entreprises n’ont pas consommé l’argent emprunté. « Les entreprises ont adopté un comportement de thésaurisation depuis le début de la crise, la dette brute et les dépôts des sociétés non financières évoluant de manière très similaire » constatait la Banque de France dans une note récente.

Entre une conjoncture économique et sanitaire pleines d’inconnues et les incertitudes qui planent sur les modalités de remboursement (allongement de sa durée, voire transformation en fonds propres ou même subvention), les dirigeants d’entreprises restent dans l’expectative. Et conserver ces liquidités non pas seulement par précaution, mais aussi dans une perspective d’investissement, peut parfaitement se justifier. Précisément, « 62 % des PME bénéficiaires ne l’ont pas encore utilisé, ou à moins de la moitié du montant accordé » selon la dernière enquête conjoncture PME (parue en janvier) de BPI France, qui se félicite ainsi que « le Prêt Garanti par l’État (PGE) reste encore en large partie mobilisable et constitue une ressource importante pour aborder la reprise.» La BPI est donc loin de conseiller le remboursement des liquidités non consommées.

Des conditions d’usage de ces liquidités peu contraignantes
Les conditions financières de ces PGE sont bonnes et ils ne requièrent pas de garantie personnelle de la part du dirigeant. En outre, ils offrent une bonne liberté en termes de choix de développement, car ils n’ont pas été octroyés sur la foi d’un business plan contraignant. Aussi, la décision de rembourser aujourd’hui son PGE, pour souscrire demain un prêt classique à des conditions financières plus avantageuses ne doit pas s’imposer naturellement. Ceci d’autant plus si l’étalement du remboursement est prolongé de deux ans, à huit ans : une mesure en discussion avec la Commission européenne, qui allégerait les échéances de remboursement. « Prenez cet argent pas cher, il vous servira à passer le cap, à racheter vos concurrents en difficulté une fois la crise venue, ou à mener les investissements nécessaires à l’évolution de votre métier » osait même conseiller Les Echos dans un article récent sur « le dilemme des patrons » face au PGE. Et effectivement, le violent coup d’arrêt subit par la plupart des entreprises ne les empêche pas de devoir anticiper les investissements à moyen ou long terme qui leur permettront de rebondir. Transition numérique, transition énergétique, développement à l’international, voire opportunités de croissance externe : les défis sont nombreux et devront être financés. Finalement, de leur planification dépendra l’intérêt de conserver ou rembourser le fruit d’un PGE.

Une trésorerie à placer pour éviter une future taxation des dépôts
La décision de conserver ces liquidités conduira aussi nécessairement à s’interroger sur leur horizon de placement, afin d’évaluer ce nouveau montant de trésorerie stable, à placer en particulier sur des comptes à terme. L’objectif sera non seulement de dégager un rendement, mais aussi d’échapper à la taxation des dépôts, que les banques souhaitent progressivement imposer.