Le regain de fièvre observé sur les taux depuis le début de l’année est-il le signe avant-coureur d’une remontée progressive des rendements obligataires ? Ou s’agit-il, au contraire, d’un simple feu de paille ?

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord s’intéresser aux perspectives d’inflation. Or, après une année 2020 de crise et de faible consommation, l’année 2021 semble placée sous le signe de la reprise et donc de la hausse des prix. Ainsi, la Banque centrale européenne (BCE) a relevé sa prévision d’inflation à 1,5% lors de sa dernière réunion de politique monétaire le 11 mars dernier, soit un demi-point de plus que prévu en décembre.

Pour autant, la BCE a également souligné que cette accélération était liée à des événements transitoires et à la hausse des cours de l’énergie. Le pétrole, notamment, avait chuté à des niveaux historiquement bas lors du premier confinement, constituant désormais un fort effet de base dans le calcul de l’inflation. Si l’on fait abstraction de cette situation particulière, les facteurs déflationnistes sont cependant toujours à l’œuvre. En cause : une croissance molle liée au vieillissement de la population et une mondialisation qui n’a pas dit son dernier mot, le rôle des pays émergents dans les chaînes de production ne semblant pas devoir être foncièrement remis en cause. Le « monde d’après » n’a pas encore émergé, les phénomènes de dumping social et environnemental ayant toujours cours. Si un choc exogène a provoqué un coup d’arrêt sur l’économie mondiale, il est loin d’avoir cassé le système. Il est donc probable qu’après une année 2021 marquée par une inflation légèrement supérieure à celle des années précédentes, le phénomène s’estompera progressivement.

Le fort endettement public nécessite un maintien des taux bas

Un fort rebond des taux ne serait en outre pas soutenable pour des États de la zone euro, toujours plus endettés. Aussi, la BCE poursuivra-t-elle son contrôle de la courbe des taux (sans pour autant l’avouer explicitement) à travers sa politique monétaire non-conventionnelle ?  A court terme, elle a ainsi renforcé son Programme d’achat d’urgence pandémique (PEPP), afin d’afficher sa détermination à ne pas laisser se créer de divergences dans les conditions de financement au sein de la zone euro. Il est donc probable que la récente hausse des taux sera bientôt considérée comme une simple remontée éphémère, résultat d’un stress passager sur les marchés. Remarquons que ce stress est resté limité : le taux à 10 ans français n’est revenu que brièvement en territoire positif en février et aucun pays de la zone euro n’emprunte actuellement à des taux supérieurs à 1,2% pour une échéance de 10 ans.

Outre-Atlantique, la hausse des taux est en revanche plus marquée. Rien d’anormal pour autant : les obligations américaines voient surtout leur taux remonter à leur niveau d’avant-crise du fait que les investisseurs ne sont plus à la recherche de valeurs-refuges. Il est vrai toutefois que des interrogations sont nées autour de l’immense plan de relance initié par le nouveau président américain, qui va permettre de déverser des montants objectivement disproportionnés (1.900 milliards de dollars) au regard du trou d’air subi par l’économie américaine. L’endettement public qui en résulte n’est pas vraiment du goût des investisseurs. Pour autant, les Etats-Unis ont les moyens de supporter cette dépense publique et disposent des leviers nécessaires pour éviter tout emballement de la situation. La FED a démontré pendant la crise qu’elle disposait de moyens presque illimités pour monétiser la dette publique et intervenir massivement sur les marchés si nécessaire. Le constat est donc clair : dans un monde soutenu par l’interventionnisme des banques centrales, le risque d’un dérapage des taux et de l’inflation restera toujours extrêmement limité.