Les impacts économiques de la crise sanitaire ont joué sur les résultats des acteurs de l’assurance, au titre de l’année 2020. Pourtant, le secteur a affiché une remarquable capacité à amortir ce choc, ce qui s’illustre par des ratios de solvabilité élevés et la solidité des rendements de leurs fonds en euros. 

Maintenir des rendements satisfaisants pour les souscripteurs des fonds en euros, malgré un contexte adverse : c’est le défi que les assureurs ont dû relever à l’issue d’une année 2020 complètement inédite, entre la mise à l’arrêt de pans entiers de l’économie et la faiblesse des taux d’intérêt. Sans surprise, les résultats 2020 des grands groupes d’assurance ne sont pas à la hauteur de ceux des années précédentes : Axa, par exemple, a vu son chiffre d’affaires reculer de 7% et son résultat net de 18%, tandis qu’Allianz a dû assumer un repli de 14% de son bénéfice net, pour un chiffre d’affaires en léger recul de 1%. Le secteur de l’assurance ne fait donc pas partie des « gagnants » de la crise sanitaire. 

Ces chiffres sont pourtant trompeurs. Plutôt qu’être à moitié vide, le verre n’est-il pas à moitié plein ? Il serait en effet plus juste d’affirmer que, dans le contexte exceptionnel de l’année 2020, le secteur a fait preuve d’une grande robustesse, en parvenant à rester largement bénéficiaire, même si ses résultats n’ont pu se hisser aux niveaux records de 2019. Face aux craintes initiales, l’impact de la crise sanitaire sur les finances des assureurs est resté très modéré.


Des ratios de solvabilité toujours élevés

Et pour cause : le temps est loin où certains assureurs prenaient des risques disproportionnés et pouvaient se retrouver chahutés en cas de tempête, comme ce fut le cas du groupe américain AIG en 2008. Tout comme le secteur bancaire, le secteur assurantiel a appris de ses erreurs et s’est concentré depuis plus de 10 ans sur sa capacité à absorber les chocs. Grâce à des ratios de solvabilité élevés, atteignant 256% en moyenne fin 2019, les assureurs ont pu affronter la crise avec une longueur d’avance. Ce ratio de solvabilité a bien sûr diminué au cours du premier semestre 2020, pour s’établir en moyenne à 225% fin juin 2020, mais sans pour autant déclencher d’inquiétude.

Fonds en euros : des rendements qui résistent
Concernant leur stratégie de placements, cette évolution de la conjoncture a cependant accentué encore la problématique des taux bas. Les règles prudentielles et comptables auxquelles ils sont soumis les incitent à se tourner principalement vers des actifs peu risqués du marché obligataire, dont les rendements sont sous pression du fait de la politique monétaire des banques centrales. Les programmes de rachat massif d’actifs obligataires (souverains et corporate) mis en œuvre ces derniers mois par la BCE a entraîné les taux longs à des niveaux historiquement bas, voire souvent négatifs sur le segment souverain. Cependant, les assureurs avaient d’ores et déjà fait évoluer, ces dernières années, la gestion de leurs portefeuilles, pour s’adapter à ce nouveau paradigme (les taux bas sont faits pour durer) et aller chercher de nouvelles sources de rendement. La diversification vers des classes d’actifs plus rémunératrices à long terme s’illustre par une part grandissante octroyée aux obligations d’entreprises issues de catégories de notation moins élevées, à une large palette d’actifs immobilier, à la dette privée (entreprises, mais aussi infrastructures ou immobilier), voire, bien encore que très minoritairement, au private equity.

Cette stratégie permet notamment aux fonds en euros de rester attractifs à bien des égards pour les investisseurs qui souhaitent sécuriser leur capital. Avec des rendements situés entre 1% et 2% par an, ces fonds n’ont pas à rougir face à d’autres supports de placements, voire aux taux négatifs que peuvent appliquer certains établissements bancaires sur les dépôts. N’oublions pas, également, que les assureurs ont prudemment constitué des réserves au cours de ces dernières années, qui servent désormais à maintenir une certaine rentabilité sur leurs contrats.

En somme, les assureurs ont su trouver les outils adéquats pour répondre aux nouveaux défis qui s’imposent à eux. Cette capacité de réponse est d’autant plus utile, qu’elle leur permet aussi bien de préserver leur propre rentabilité, donc leur solvabilité, que les rendements offerts à leurs clients.