Le rebond des taux longs aux États-Unis a ravivé un ancien débat : un retour de l’inflation pourrait-il entraîner une hausse durable des taux d’intérêt ? La réponse à cette question est clairement négative, surtout en Europe, où les taux courts resteront encore longtemps en territoire négatif.

La question du retour de l’inflation et de son impact sur les marchés obligataires vient régulièrement hanter l’esprit des investisseurs. Le « risque inflationniste » était déjà au cœur des débats en 2017 dans un contexte de croissance en surrégime aux États-Unis. Il était également présent en 2015 lors du lancement du « quantitative easing » de la BCE (alors jugé inflationniste), en 2011-2012 avec la crise des dettes souveraines, en 2009 suite aux plans de sauvetage de la crise de 2008, ou encore entre 2004 et 2007 en période de croissance alimentée par le crédit.

Les anticipations d’un retour durable de l’inflation ne se sont pourtant jamais réalisées. En 40 ans, l’inflation est progressivement passée de 15% à 0% et les rendements obligataires ont suivi la même tendance. Au point que la résurgence de la question d’un « nouveau cycle de hausse des taux » en ce début d’année semble bien vaine. Qu’on se le dise : le rebond des taux à 10 ans aux États-Unis constitue une simple normalisation après une année 2020 de chute à des niveaux sans précédent. Ce bref mouvement haussier ne reflète en rien une tendance durable.

La question relève en effet de la volonté des banques centrales. Celles-ci déploient depuis plusieurs années des moyens colossaux pour maintenir les taux à des niveaux exceptionnellement bas, aussi bien pour stimuler l’économie que pour permettre aux États de se financer à faible coût. La crise économique de 2020 n’a fait que renforcer cette tendance, qui n’est pas prête de disparaître.

Des taux longs plus volatils, mais des taux courts bloqués au plancher

Si les rendements resteront donc bas à l’avenir, il se peut toutefois que les taux longs deviennent plus volatils. La récente remontée des taux à 10 ans américains en est l’illustration. Outre les craintes passagères sur l’inflation, la véritable cause de cette volatilité tient au fait que la crise sanitaire a déstabilisé le budget des États ainsi que le bilan de nombreuses entreprises. L’augmentation globale de leur endettement n’est pas une bonne nouvelle et rend leurs taux d’emprunt à long terme plus sensibles à la conjoncture.

Les taux à court terme (échéance égale ou inférieure à 2 ans) restent en revanche peu concernés par cette volatilité. Très dépendants des taux directeurs des banques centrales, ils devront attendre que celles-ci durcissent leur politique monétaire pour remonter à leur tour. Or, un tel scénario semble pour le moment très lointain, surtout en Europe. Si l’économie de la zone euro suit le parcours du Japon, il se pourrait même que les taux directeurs de la BCE ne remontent pas avant plusieurs décennies. Les emprunts à court terme européen pourraient donc encore longtemps rester sur des taux négatifs de l’ordre de -0,5%, poussant les banques à facturer ce taux sur les dépôts de leurs clients.

Aux États-Unis, la situation n’est guère meilleure : la Fed ne devrait pas remonter ses taux directeurs avant 2022 ou 2023 au plus tôt. Ceux-ci resteront encore longtemps bloqués entre 0 et 0,25%.

Pour les entreprises cherchant à sécuriser leur trésorerie à court terme, il reste donc plus que jamais utile d’éviter l’accumulation de liquidités sur un compte bancaire, tout en évitant certaines solutions de placements obligataires à taux négatifs. Les contrats de capitalisation et les comptes à terme restent à ce jour des solutions à privilégier.