Avec la « réouverture » de l’économie européenne, la BCE va-t-elle commencer à retirer son soutien dès cet été ? C’est ce qu’a laissé entendre le vice-président de l’institution. Pour autant, la persistance de lourds déficits publics oblige les banques centrales à rester très accommodantes.

Après un début d’année 2021 plus laborieux que prévu, le ciel commence enfin à se dégager pour l’économie mondiale. Les campagnes de vaccination avancent désormais à un bon rythme et les mesures de restrictions sont progressivement levées aux États-Unis comme en Europe. Les chiffres de l’activité et du chômage sont quant à eux revenus à des niveaux proches de ceux de 2019. Sans être à l’abri d’une mauvaise surprise, le « retour à la normale » semble sur la bonne voie.

Dès lors, les mesures de relance économique se justifient-elles encore ? Telle est la question qui se pose dans les coulisses des banques centrales. Estimant que 70% de la population européenne serait vaccinée dès cet été, Luis de Guindos, vice-président de la BCE, a déclaré début mai que l’institution pourrait réduire ses mesures de « soutien d’urgence » dans les prochains mois. En clair : le « programme d’achats d’urgence pandémique » (PEPP), calibré pour atteindre jusqu’à 1.850 milliards d’euros d’ici mars 2022, pourrait bientôt entrer en phase d’extinction progressive.

Pour les marchés, le retrait des banques centrales changerait la donne. Depuis plus d’un an, leur soutien s’avère indispensable pour surmonter la crise. En rachetant les dettes des États, elles ont permis à ces derniers de financer les vastes plans de relance de la « crise Covid » à des taux extrêmement bas. Leur désengagement progressif pourrait donc s’accompagner d’une hausse des taux et, par extension, d’un contexte moins favorable pour les marchés actions.

Un besoin de financement des plans de relance
Pour autant, ce coup de frein, s’il se confirme, s’annonce très prudent. Et pour cause : les États restent dans une optique de dépenses publiques élevées pour soutenir la relance. Tel est notamment le cas aux États-Unis, où la mise en œuvre du vaste plan de relance de 1.900 milliards de dollars de Joe Biden ne fait encore que commencer. Cette relance ambitieuse inspire les gouvernements européens, tentés eux aussi de lancer leur propre « New Deal », notamment en France. Les déficits publics devraient donc continuer à se creuser, obligeant les banques centrales à maintenir leurs rachats de dettes sous forme de « quantitative easing » malgré la fin du PEPP.

Des effets secondaires à surveiller
La volonté des banques centrales de réduire leur soutien monétaire reste un sujet à surveiller de près. La politique monétaire accommodante a des avantages, mais aussi des inconvénients. D’une part, la généralisation des taux bas (voire négatifs) constitue un défi pour le système bancaire. D’autre part, l’histoire a montré qu’une politique monétaire très accommodante pendant trop longtemps peut avoir des effets négatifs en créant des bulles (actions, immobilier), une inflation mal maîtrisée ou encore un excès d’endettement (ménages, entreprises) lié au soutien artificiel de situations intenables. Les banques centrales surveillent ces risques et n’hésiteront pas à prendre des mesures pour que l’indispensable relance actuelle ne constitue pas le terreau de la prochaine crise.