Aux États-Unis comme en Europe, la baisse des taux a repris de plus belle sur les marchés obligataires. Pourtant, l’inflation continue de grimper et la Fed envisage une hausse plus rapide que prévu de ses taux directeurs.

Les dernières statistiques sont formelles : au cours des 12 derniers mois, l’inflation a fait son grand retour aux États-Unis. Fin juin 2021, les prix à la consommation progressaient de +5,4% sur un an, leur rythme le plus élevé depuis 13 ans. Mois après mois, l’inflation bat de nouveaux records, ayant atteint +2,6% fin mars, +4,2% fin avril et +5,0% fin mai. En Europe, le mouvement reste plus modéré, avec une inflation sur 12 mois de +1,9% fin juin, après avoir atteint +2,0% fin mai.

Les chiffres américains, assez spectaculaires, poussent désormais la Fed à la prudence. Les pouvoirs publics américains ont tout fait pour alimenter une reprise rapide de l’économie, mais doivent désormais surveiller le risque de surchauffe, en particulier sur le marché immobilier. Certes, la Fed ne compte pas casser la vigueur de la reprise et gardera une politique monétaire accommodante pendant encore de nombreux mois, mais la question d’une remontée des taux directeurs commence à se faire plus pressante. Lors de la dernière réunion des 15 et 16 juin, plusieurs membres du conseil des gouverneurs de la Fed ont signalé qu’ils envisageaient une première remontée des taux plus tôt que prévu. Deux hausses de taux de 0,25% sont désormais attendues pour l’année 2023.

Dans la sphère financière, chacun surveille du coin de l’œil les indications relatives à ce « tapering », autrement dit à ce tournant vers une politique monétaire plus restrictive. D’après le baromètre CME FedWatch, les investisseurs sont préparés à un revirement encore plus rapide de la banque centrale américaine : une première hausse des taux est jugée probable dès la fin d’année 2022.

Pourtant, du côté des marchés obligataires, le « reflation trade » (pari sur le retour de l’inflation) ne semble plus d’actualité. Certes, les taux à court terme du marché obligataire (2 ans, 3 ans) remontent progressivement en se calant sur les anticipations du « tapering ». En revanche, les taux à long terme ont repris le chemin de la baisse. Ainsi, le taux des Treasuries à 10 ans est désormais revenu autour de 1,30% après son pic à 1,77% le 30 mars dernier. Le mouvement de repli est encore plus net sur les taux américains à 30 ans, qui ont reculé de 60 points de base depuis leur pic du 18 mars.

Comment expliquer un tel phénomène ? Pour répondre à cette question, il faut observer que la baisse des taux a notamment accompagné la publication de statistiques légèrement décevantes sur l’économie américaine. Le taux de chômage est légèrement remonté au mois de juin (5,9%, contre 5,8% en mai), de même que la dynamique du secteur des services est ressortie inférieure aux attentes. Il n’en fallait pas plus pour que les investisseurs commencent à entrevoir une stabilisation de l’économie américaine, éliminant au passage le risque d’une hausse durable de l’inflation. Les investisseurs semblent donc considérer que les actuelles tensions sur les prix, aussi fortes soient-elles, ne devraient être que transitoires avant un retour à la normale. D’où l’accalmie observée sur les taux.

En Europe, les marchés obligataire suivent la même tendance, renouant eux aussi avec une baisse des taux longs. Après son pic à +0,30% le 19 mai, le taux de l’OAT française à 10 ans est revenu en territoire négatif à la mi-juillet. Le Bund allemand à 10 ans est quant à lui revenu à -0,35%. On notera aussi une baisse des spreads sur les dettes périphériques : le taux d’emprunt à 10 ans portugais est revenu à +0,25% et celui de la Grèce à +0,67%, très proche de son plus bas niveau historique.

Sur le Vieux continent, la baisse des taux s’explique par la modération des perspectives de reprise liée à la diffusion du variant Delta, mais aussi par les interventions de la BCE sur les marchés obligataires. La banque centrale reste en effet toujours très active pour racheter des titres dans le cadre de son « plan d’urgence pandémique » et continue de peser par ce moyen sur les taux d’emprunt. L’institution de Francfort a également prévenu qu’elle ne chercherait pas à relever ses taux directeurs si l’inflation venait à dépasser le seuil des 2%. Il y a donc fort à parier qu’en Europe, les taux du marché obligataire resteront encore longtemps à des niveaux historiquement bas.