Restaurants ouverts, terrasses pleines, axes routiers très fréquentés : à première vue, l’économie semble de nouveau tourner à plein régime. Qu’en est-il exactement ?

Nul doute qu’au niveau mondial, la propagation du variant Delta continue de freiner l’activité de nombreux pays. Depuis le 23 août, le Vietnam a par exemple opté pour la mise en place d’un confinement des plus stricts à Hô-Chi-Minh-Ville : fermeture des les lieux de travail et ravitaillement organisé par l’armée. Des mesures locales de confinement ont également été prises en Australie et en Nouvelle-Zélande, de même que plusieurs pays continuent d’appliquer un couvre-feu. Pour autant, le sentiment d’un « retour à la normale » domine dans les pays les plus vaccinés, ayant supprimé pour la plupart d’entre eux les mesures de restrictions sanitaires.

Des statistiques économiques souvent proches de celles de 2019, voire supérieures

Sur le front de l’emploi, le retour à la situation d’avant-crise est sur le point d’être atteint dans de nombreux pays. Aux États-Unis, le taux de chômage, situé à 3,5% avant-crise, restait encore à 5,2% en août 2021, mais la décrue est rapide depuis le pic de 14,7% enregistré en avril 2020. Le retour à la situation d’avant-crise peut légitimement être envisagé pour la fin d’année 2021. Au sein de l’Union européenne, même constat : le chômage connaît une décrue rapide, avec un retour à 7,6% en juillet 2021 contre 7,3% avant-crise, et un pic à 8,5% en septembre 2020. En France, le taux de chômage est quant à lui de 8,1%, proche de ses plus bas niveaux des 10 dernières années.

En ce qui concerne le PIB, qui sert à mesurer la croissance économique, le retour aux niveaux de 2019 est également d’actualité. En France, au deuxième trimestre 2021 (incluant un mois de confinement), l’activité était inférieure de seulement 3,3% face au quatrième trimestre 2019 selon l’INSEE. Les chiffres du troisième trimestre, qui paraîtront le 29 octobre, devraient être encore meilleurs. Aux États-Unis, la crise est d’ores et déjà effacée : le PIB américain a été plus élevé au deuxième trimestre 2021 qu’au quatrième trimestre 2019. Ce rebond extrêmement rapide a été permis par les mesures de soutien exceptionnelles mises en œuvre par les États et les banques centrales depuis mars 2020.

On notera également que les aides publiques, associées aux restrictions de la crise sanitaire, ont soutenu le taux d’épargne moyen des ménages, dont les ressources financières s’avèrent souvent supérieures à celles d’avant-crise. À titre d’exemple, en France, le taux d’épargne des ménages a atteint 21,4% au deuxième trimestre, contre 14% avant-crise selon la Banque de France.

Le maintien de déficits publics élevés et l’apparition de tensions inflationnistes

La relance publique mise en œuvre depuis un an et demi continue en revanche de peser sur les déficits publics, qui restent bien plus élevés qu’en 2019. Les niveaux de dette publique atteignent ainsi des sommets. En France, la dette publique s’est accrue d’environ 350 milliards d’euros entre le 31 décembre 2019 et le 31 mars 2021, atteignant à cette date 118% du PIB contre 98% fin 2019 selon l’INSEE. Aux États-Unis, la dette publique a atteint 125% du PIB à la fin du deuxième trimestre 2021, contre 108% avant-crise selon la Fed de St-Louis.

La seconde différence économique majeure face à la période d’avant-crise concerne l’inflation, autrement dit la hausse globale des prix, qui atteint des niveaux élevés dans certains pays. Aux États-Unis notamment, l’inflation est devenue supérieure à 5% par an cet été et s’est accompagnée d’une hausse notable des prix de l’immobilier. Cette hausse des prix se retrouve en Europe : en août, l’inflation a atteint 3% sur un an, rejoignant son pic de 2011. En France, elle reste un peu plus modérée, atteignant 2,4% sur 12 mois en août.

Ces niveaux d’inflation élevés, conjugués aux solides statistiques de croissance, poussent désormais les banques centrales à vouloir réduire la voilure de leur soutien monétaire. Aux États-Unis, la Fed envisage une réduction de ses achats d’actifs dès la fin d’année, tout en restant confiante sur un retour progressif de l’inflation autour de 2% en 2022. En Europe, la BCE reste très précautionneuse pour ne pas reproduire son « erreur » de 2011. À l’époque, l’institution avait procédé à deux hausses de taux directeurs pour contrer l’inflation, participant à faire replonger l’économie européenne alors trop fragile pour supporter une politique monétaire