Dans le langage des banques centrales, le « tapering » désigne l’arrêt progressif d’une politique d’achats d’actifs sur les marchés financiers. Telle est la voie que veulent désormais emprunter la Fed et la BCE, après avoir soutenu massivement la reprise post-Covid.

Depuis le mois de mars 2020, les économies occidentales bénéficient du soutien des banques centrales. Chaque jour, celles-ci rachètent d’importants montants de dettes sur les marchés financiers.

En Europe par exemple, la BCE rachète la dette publique des États-membres de la zone euro au rythme de 80 milliards d’euros par mois dans le cadre de son programme d’achats d’urgence pandémique (« PEPP »). À cette somme, s’ajoutent 20 milliards d’euros d’achats mensuels liés à un précédent plan de « quantitative easing » actif depuis novembre 2019. Au total, la BCE achète ainsi près de 100 milliards d’euros de dettes par mois sur les marchés financiers. Ces mesures drastiques ont permis de financer les plans de relance et les déficits des gouvernements, tout en maintenant des taux d’intérêt bas. Même constat aux États-Unis : la Fed rachète chaque mois pour 120 milliards USD de dettes sur les marchés, dont 80 milliards de dettes d’État et 40 milliards d’actifs adossés à des prêts immobiliers.

Les banques centrales appuient doucement sur le frein

Ces programmes exceptionnels pourraient prendre fin plus vite que prévu. Le 22 septembre, la Fed a clairement laissé comprendre que la réduction progressive de ses achats d’actifs commencera dès le mois de novembre 2021. Son programme de relance devrait s’arrêter totalement en 2022, date à laquelle la Fed envisage également de relever ses taux directeurs. La banque centrale avait jusqu’à présent laissé entendre que sa première hausse de taux n’aurait pas lieu avant 2023. L’accélération de ce resserrement monétaire est liée au rétablissement rapide de l’économie américaine, mais aussi à un niveau d’inflation élevé (plus de 5%).

La BCE a quant à elle annoncé le 9 septembre une réduction de ses achats d’actifs pour le quatrième trimestre 2021, tout en prenant soin de ne pas parler de « tapering ». La réduction du soutien de la BCE ne vise en effet qu’à compenser la hausse sensible de ses achats au trimestre précédent. Pour autant, la BCE a évoqué sans détour, dans son communiqué, le fait que sa décision était également motivée par le niveau d’inflation atteint en zone euro (3%). Le PEPP restera encore actif jusqu’en mars 2022 a minima, mais devrait ensuite connaître une extinction rapide.

D’autres banques centrales sont d’ores et déjà plus avancées dans le resserrement de leur politique monétaire. La Hongrie, soumise à une inflation de 5%, a remonté ses taux directeurs à deux reprises cet été pour la première fois en 10 ans. La Norvège a également relevé ses taux directeurs le 23 septembre, tout comme le Brésil (22 septembre), où l’inflation atteint désormais 10%.

Une nouvelle bien digérée par les marchés financiers

Sur le papier, le tapering, tout comme la hausse des taux directeurs des banques centrales, n’est pas une bonne nouvelle. Le durcissement de la politique monétaire implique, à terme, des taux d’intérêt plus élevés, donc des conditions de financement moins optimales pour les États, les entreprises et les ménages. La hausse des taux réduit également, en théorie, l’attrait des marchés actions.

Pour autant, cette évolution s’avère bien acceptée par les investisseurs. D’une part, elle est le symbole d’un « retour à la normale » après la période de crise sanitaire. D’autre part, les banques centrales restent au chevet de l’économie : aucun doute qu’en cas de rechute de la conjoncture, le soutien monétaire pourra être réactivé.

Ainsi, aucune tension importante ne s’observe sur les marchés obligataires, où les taux restent bas. Les « spreads » de crédit (écarts de taux entre les emprunteurs risqués et peu risqués) restent eux aussi à leurs plus bas niveaux historiques. Quant aux marchés actions, la perspective d’une hausse des taux directeurs des banques centrales parvient même à favoriser certains secteurs, comme le secteur bancaire, dont les marges de crédit devraient ainsi pouvoir s’améliorer.