Jamais les prix du gaz et de l’électricité n’avaient atteint un tel niveau en Europe. La survenue de cette crise énergétique majeure inquiète pour l’hiver à venir, plusieurs scénarios pouvant être envisagés. Pour les investisseurs, les dangers restent en revanche limités.

Les mois de septembre et octobre 2021 ont battu tous les records sur le marché de l’énergie. En dépassant 100 euros/MWh le 6 octobre dernier, les prix du gaz européen ont atteint plus de 10 fois leur niveau du printemps 2020. Du côté de l’électricité, le prix de référence allemand a dépassé en octobre 150 euros/MWh, soit 4 fois son niveau d’il y a un an.

Stocks faibles, importations insuffisantes, alternatives coûteuses

L’origine du problème a été fortement médiatisée au cours des dernières semaines. Pour inciter l’Union européenne à accepter la mise en service du gazoduc Nord Stream 2 reliant directement la Russie à l’Allemagne, la Russie a réduit ses livraisons de gaz transitant par l’Ukraine. En parallèle, la hausse de la demande gazière chinoise a elle-même absorbé une partie de l’offre mondiale. Pour faire face à la pénurie, l’Allemagne et d’autres pays européens ont réagi en réactivant leurs centrales électriques à charbon. Or, le recours au charbon est désormais coûteux avec l’envolée du prix des « quotas d’émission » sur le marché du carbone européen. Les prix du gaz et de l’électricité ont donc flambé simultanément.

L’Europe se trouve désormais dans une situation délicate, avec un approvisionnement et des stocks de gaz faibles à l’approche de l’hiver, compensés par une production électrique onéreuse. La crainte majeure est celle de pénuries persistantes au cours de l’hiver, risquant de provoquer des ruptures locales de livraisons en gaz ou en électricité lors des pics de la demande.

Plusieurs scénarios envisagés

Un « scénario catastrophe » n’est pas totalement impossible à écarter. Malgré la levée des sanctions américaines contre Nord Stream 2 en juillet, la finalisation de sa construction en septembre et le début de son remplissage en octobre, un accord doit encore être trouvé pour démarrer l’exploitation du gazoduc. Les délais légaux européens, associés aux désaccords politiques, pourraient reporter cette décision jusqu’au printemps 2022. Trop tard, donc.

Pour autant, diverses pistes laissent envisager une sortie de crise relativement rapide. D’une part, selon la Commission européenne, les stocks de gaz sont certes « tendus » mais resteraient « adéquats pour couvrir les besoins hivernaux ». Par ailleurs, l’actuelle crise énergétique pourrait accélérer les négociations autour de Nord Stream 2. Parmi les possibilités envisagées se trouve notamment la mise en service du gazoduc à 50%, dans l’attente d’un compromis définitif.

Enfin, l’Europe dispose, dans une certaine mesure, de leviers pour réguler les prix de l’énergie. Plusieurs pays, dont la France, ont d’ores et déjà annoncé un plafonnement des prix du gaz et de l’électricité pour les particuliers. D’autres pays, comme l’Espagne, ont annoncé une réduction de la TVA sur les prix de l’énergie. Ces mesures viendront grever les finances publiques, mais devraient permettre d’éviter que la crise énergétique se transforme en crise sociale, voire en choc inflationniste susceptible de faire dérailler la reprise économique.

Un contexte relativement neutre pour les marchés

Malgré l’importance de cette crise, ses conséquences pour les investisseurs devraient rester faibles. La hausse des prix de l’énergie, partiellement maîtrisée par les États, ne semble pas en mesure de créer un choc inflationniste durable. De même, les banques centrales, très attentives à l’inflation sous-jacente (hors prix de l’énergie), ne seront pas incitées à relever leurs taux directeurs plus rapidement en cas de hausse des prix du gaz, de l’électricité ou du pétrole. Si un ralentissement économique devait se produire malgré la présence de garde-fous, les banques centrales pourraient même aller jusqu’à intensifier leur soutien à l’économie, au lieu de le retirer.

On notera que sur les marchés, la crise a jusqu’ici eu un impact inexistant sur les marchés obligataires et limité sur les marchés actions. Les principaux indices boursiers ont en effet connu un repli au plus fort de la crise (fin septembre – début octobre), mais ont par la suite compensé leurs pertes malgré le maintien des prix de l’énergie à un niveau élevé. Cette faible dépendance des marchés à la crise énergétique s’avère logique, du fait que les difficultés restent concentrées en Europe (il ne s’agit pas d’une crise mondiale) et que les solutions pour maîtriser la situation restent prédominantes.

 

Cet article d’analyse ne constitue en aucun cas un conseil d’investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.