
Convention de trésorerie : guide complet
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Au sein d'un groupe de sociétés, il n'est pas rare qu'une filiale dispose d'excédents de trésorerie pendant qu'une autre fait face à un besoin de financement à court terme. Plutôt que de laisser chaque entité gérer ses liquidités de façon isolée, recourir tour à tour au découvert bancaire ou laisser dormir du cash, la convention de trésorerie permet d'organiser la circulation des fonds au sein du groupe. C'est un levier de placement de trésorerie d'entreprise souvent sous-exploité, y compris par les dirigeants de PME organisées en holding.
Qu'est-ce qu'une convention de trésorerie ?
Définition et fonctionnement pratique
Une convention de trésorerie est un contrat conclu entre les sociétés d'un même groupe. Elle organise les prêts et avances de trésorerie entre entités liées par un lien capitalistique : la société mère prête à une filiale, une filiale excédentaire avance des fonds à une société sœur, ou la holding centralise l'ensemble des flux. On parle aussi de convention d'omnium.
Son principe est simple. Prenons un groupe composé de deux sociétés : la Société A dispose d'un excédent de 500 000 € sur les trois prochains mois, tandis que la Société B a un besoin de financement de 300 000 € sur la même période. Sans convention, la Société A laisse son excédent sur un compte courant non rémunéré et la Société B souscrit un découvert bancaire à 7 ou 8 %. Avec une convention de trésorerie, la Société A prête 300 000 € à la Société B à un taux de 2,70 % (Euribor 3 mois + spread). La Société B économise la différence avec le coût du découvert, la Société A perçoit une rémunération sur des liquidités qui auraient autrement stagné. Les 200 000 € restants peuvent être orientés vers un compte à terme ou une sicav monétaire pour générer un rendement complémentaire.
Flux directs ou centralisation via une société pivot
Deux modes d'organisation coexistent. Le premier, le modèle bilatéral, repose sur des prêts directs entre entités. Il convient aux groupes de taille modeste (deux ou trois sociétés) dont les flux sont peu nombreux et prévisibles. Chaque société négocie ses conditions avec l'entité prêteuse ou emprunteuse.
Le second modèle, plus répandu dans les groupes structurés, repose sur une société pivot (généralement la holding). Chaque filiale remonte ses excédents vers la holding et tire sur un compte centralisé en cas de besoin. La holding joue le rôle de banquier interne : elle analyse les besoins consolidés, redistribue les liquidités selon les priorités du groupe, place les excédents nets auprès d'établissements financiers et produit un reporting consolidé de trésorerie. Ce mécanisme de centralisation est étroitement lié au cash pooling, qui en constitue la déclinaison opérationnelle et bancaire.
Cadre juridique et conditions de validité
Monopole bancaire et exception pour les groupes
En droit français, seuls les établissements de crédit agréés peuvent réaliser des opérations de banque à titre habituel (article L.511-5 du Code monétaire et financier). Une société qui prête régulièrement des fonds à une autre violerait ce monopole bancaire, avec des sanctions pénales à la clé.
L'article L.511-7 du CMF prévoit toutefois une exception essentielle : les sociétés appartenant à un même groupe peuvent librement se consentir des prêts et avances de trésorerie, à condition qu'un lien capitalistique effectif existe entre elles. Ce lien suppose une détention, directe ou indirecte, de plus de 50 % du capital, ou un contrôle effectif démontrable (contrôle de fait, direction commune).
La jurisprudence a progressivement précisé les contours de cette exception. Un arrêt de la Cour de cassation (chambre commerciale, 2013) a confirmé la validité des flux de trésorerie entre sociétés sœurs, dès lors que la société mère commune exerce un contrôle effectif sur l'ensemble du groupe. En revanche, des sociétés simplement liées par un partenariat commercial ou un actionnariat minoritaire ne peuvent pas bénéficier de cette dérogation.
La convention doit également respecter les règles du droit des sociétés. Son objet doit entrer dans l'objet social de chaque entité signataire. Elle constitue généralement une convention réglementée au sens des articles L.225-38 (SA) ou L.223-19 (SARL) du Code de commerce, ce qui impose une autorisation préalable du conseil d'administration ou de l'assemblée et un rapport spécial du commissaire aux comptes.
Clauses essentielles de la convention
La rédaction d'une convention de trésorerie implique plusieurs intervenants : les dirigeants des sociétés concernées, le directeur administratif et financier du groupe, un avocat spécialisé en droit des sociétés et, le cas échéant, l'expert-comptable.
Les mentions indispensables comprennent l'identité des parties et la description du lien capitalistique avec référence expresse à l'article L.511-7, l'objet de la convention (centralisation de trésorerie, prêts intragroupe), sa durée (déterminée ou indéterminée avec clause de résiliation), les modalités de fonctionnement (rôle de chaque entité, périodicité des mouvements, plafonds de prêts et d'emprunts), le taux d'intérêt applicable et sa méthode de révision, ainsi que les conditions d'entrée et de sortie de nouvelles sociétés du périmètre.
Il est fortement déconseillé d'utiliser un modèle trouvé en ligne sans le faire adapter par un professionnel du droit. Chaque groupe présente des spécificités (forme juridique, nombre d'entités, secteurs d'activité, contraintes réglementaires) qui rendent inadaptée une convention standardisée.
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Comptabilisation et taux d'intérêt
Enregistrement comptable et traçabilité
Les opérations de trésorerie intragroupe s'enregistrent dans les comptes de chaque société selon un schéma symétrique.
La société prêteuse comptabilise l'avance au débit du compte 451 "Groupe et associés" et les intérêts perçus au crédit du compte 768 "Autres produits financiers". La société emprunteuse enregistre sa dette au crédit du compte 168 "Autres emprunts et dettes assimilées" (ou en compte 455 selon la nature du flux) et les intérêts versés au débit du compte 661 "Charges d'intérêts".
La traçabilité est un point de vigilance majeur. Chaque mouvement doit être documenté (ordre de virement, tableau de suivi, relevé de position), les opérations doivent figurer dans les annexes des comptes annuels de chaque société et l'ensemble des pièces justificatives doit être conservé pendant dix ans. En cas de contrôle fiscal, l'absence de documentation peut conduire à une requalification des flux et à des redressements significatifs.
Taux d'intérêt : une rémunération aux conditions de marché
Contrairement à une idée reçue, il n'existe pas de taux légal imposé pour les conventions de trésorerie. En revanche, l'obligation de rémunérer les avances à un taux conforme aux conditions de marché est impérative. Un prêt intragroupe à taux zéro expose la société prêteuse à une requalification en acte anormal de gestion, et le dirigeant à des poursuites pour abus de biens sociaux (cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende).
En pratique, les groupes retiennent l'une des références suivantes pour fixer le taux de leur convention :
Référence | Niveau indicatif (avril 2026) | Usage |
Euribor 3 mois + spread 50 à 150 pb | 2,70 % à 3,70 % | Référence interbancaire, la plus courante |
Taux moyen de financement bancaire du groupe | Variable selon le groupe | Aligne le coût interne sur le coût externe |
Taux fiscal max déductible (art. 39-1-3° CGI) | ~4,30 % (T1 2026) | Plafond de déductibilité fiscale des intérêts |
Le choix de la référence doit être documenté et la méthode de fixation revue périodiquement (au minimum annuellement) pour refléter l'évolution des conditions de marché. Le taux Euribor, bien qu'il ne fasse pas encore l'objet d'un article dédié sur notre blog, constitue la référence la plus utilisée dans les conventions de trésorerie en zone euro.
Avantages, risques et bonnes pratiques
Ce que la convention apporte au groupe
Le premier avantage est financier : la mutualisation de la trésorerie réduit le recours aux découverts et aux lignes de crédit bancaire, générant une économie directe sur les frais financiers. Dans l'exemple cité plus haut, la Société B économise plusieurs milliers d'euros d'intérêts de découvert sur trois mois.
Le deuxième avantage est opérationnel : la centralisation offre une visibilité consolidée sur la position de trésorerie du groupe. C'est un atout particulièrement sensible pour les PME organisées en holding, où le dirigeant cumule souvent plusieurs fonctions. Piloter l'ensemble des flux depuis un tableau de bord unique permet d'anticiper les besoins et d'orienter les excédents nets vers des placements adaptés.
Le troisième avantage est la flexibilité. Les transferts intragroupe s'exécutent en quelques heures, sans passer par les circuits de validation bancaire. Cette rapidité est précieuse pour saisir une opportunité d'investissement ou couvrir un besoin urgent.
Risques à maîtriser
Les risques juridiques sont les plus sérieux. Une convention mal rédigée ou appliquée sans rigueur expose les dirigeants à des poursuites pour abus de biens sociaux (prêt à taux zéro au profit d'une filiale en difficulté), à un risque de confusion de patrimoines en cas de procédure collective (si les flux intragroupe ne sont pas clairement documentés) et à un redressement fiscal si les taux pratiqués ne reflètent pas les conditions de marché.
Sur le plan opérationnel, la centralisation peut créer une dépendance excessive des filiales envers la holding. Si cette dernière rencontre elle-même des difficultés de trésorerie, l'ensemble du groupe s'en trouve fragilisé. La perte d'autonomie des entités locales peut également freiner la réactivité opérationnelle.
Pour limiter ces risques, plusieurs bonnes pratiques s'imposent : revoir les conditions de la convention au minimum chaque trimestre, documenter systématiquement chaque flux et chaque décision, prévoir des clauses de sauvegarde permettant à une filiale de sortir du dispositif en cas de besoin et réaliser un benchmark régulier avec les conditions bancaires du marché.
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La convention de trésorerie permet de centraliser et d'optimiser les flux intragroupe. Reste ensuite à valoriser les excédents nets identifiés : c'est là que le choix du bon placement et la négociation des meilleures conditions font la différence.
Pandat Finance, courtier en placements financiers dédié aux personnes morales, accompagne les holdings et groupes de sociétés dans le placement de leurs excédents de trésorerie consolidés. Contactez nos experts pour un diagnostic adapté à la structure de votre groupe.
Qui rédige une convention de trésorerie ?
Quel taux d'intérêt appliquer à une convention de trésorerie ?
Quelle différence entre cash pooling et convention de trésorerie ?









































